samedi 18 septembre 2010

La Déesse Blanche

Plusieurs légendes orales ont été retranscrites et compilées par le professeur Mohamed Amren et une équipes d’étudiants dans le cadre de leurs mémoires de fin d’année au sein de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Les chercheurs Français concernés par « l’histoire de Blanche et Toumaï » ont en effet été contactés voici quelques années par le professeur Amren et Reza Youssouf Moradil (décédé depuis) spécialistes de l’histoire Sénégalaise et plus particulièrement des coutumes et contes oraux du 17 et 19ème siècle. Un long travail de recherche couvrant une région géographique s’étendant de la  Somalie  à la Namibie, a mis en lumière une récurrence dans la transmission d’un mythe oral. Une histoire, toujours la même se transmet de tribus en traditions.

Ces légendes remontent toutes, au plus tard à une source « alpha » située vers la moitié du 18ème siècle et située au Sénégal. Nous sommes alors en pleine traite négrière sur la côte sénégalaise. On retrouve toujours la même typologie et une même armature stylistique et scénaristique : une jeune déesse commandant à des bêtes fauves porte secours à un homme. Les histoires les plus anciennes décrivent une jeune femme blonde et blanche à demi nue entourée de lions qui aurait aidé un esclave à s’enfuir.

Les variations autour de ce thème sont multiples, beaucoup de déesses sont « couleurs locales » de type sémites, noires, arabes, voir même berbères, habillées suivant la période et les modes d’un pagne, d’une toge ou de burqa. Elles commandent à une troupe d’animaux bigarrés qui pareillement s’adapte à la faune locale. Ainsi on retrouve des éléphants, girafes, antilopes, fauves, bien sûr mais aussi crocodiles et hippopotames dans l’aréopage de certaines comptines des plateaux centraux. Des versions avec des hyènes, des loups, des servals, des chats (en basse Egypte), une version originale des montagnes la place même à la tète d’une meute d’ours. Le recoupement avec les recherches du groupe d’étude de la Rochelle atteste que ces légendes sont inspirées par Blanche Du Beauprés et de Toumaï qui ont séjourné dans l’un des forts ou tout du moins dans un des comptoirs Sénégalais. Nous avons notamment l’équivalent d’une annotation concernant un procès verbal dans une copie d’un registre de port Louis parlant de la nécessité de retrouver « la fuyarde criminelle Blanche de Saint Ange mariée Beauprés enfuy du forts de Bonne Espérance qu’il nous en est démandést l’arrestation et l’écrouage de par l’ordonnance d’étiquette du gouverneur de la resgion. ».

Si la trace du couple est avéré de manière succincte par les trafiquants d’esclaves de l’époque, on peut être surpris de la tradition orale, tout à fait indépendante qui a manifestement frappé les esprits des peuples africains contemporain.

Selon le Professeur Amren, c’est le symbole puissant de ce conte qui a fait que la légende s’est développée.

samedi 1 mai 2010

Paroles Sérères.




















Le destin a fait de moi un anonyme.
Un infime parmi les infirmes des sociétés.
J’aime ceux que les gravures de l’histoire ne remarquent pas.
Loin des rois, parmi la foule je suis la réalité.
Nous avons beau rendre la vie injuste,
La mort nous aime tous.

Tradition Orale Sérère attribuée à Toumaï. (extrait de : Paroles et traditions des peuples du Sénégal au XVIII ème siècle d’Antoine Obulé )





lundi 10 août 2009

Interview de Philippe Oloncourt pour la revue universitaire « La Recherche Historique » dans son numéro de juin « spécial XVIIIe siècle ».



LRH : Bonjour Philippe Oloncourt, vous êtes connu pour vos recherches historiques sur le XVIIIe siècles et notamment pour vos parutions sur l’évolution des mœurs et coutumes par strate géoéconomique, pourquoi vous intéresser à l’histoire de Blanche et Toumaï ?.

 

PO : Bonjour, tout d’abord j’aimerai qu’on comprenne que mes recherches sur la fuite de ce couple mixte n’est qu’une toute petite partie de mes centres d’intérêt pour le XVIIIe siècle. Elle est même carrément anecdotique en regard de nos recherches sur l’ensemble du XVIIIe siècle. Je rappelle aussi à vos lecteurs que je poursuis ces recherches avec Geneviève Sinard. Je dirai que c’est essentiellement un phénomène de mode qui a mis en avant cette recherche d’ailleurs très incomplète et à nos yeux bien moins intéressante par exemple que les mouvements Vendéens prérévolutionnaires ou l’émergence des métiers usuriers vers le milieu du 18e et leurs répercutions sur le climat économique qui conduit à la faillite du pouvoir royaliste aux yeux des commerçants Bourgeois.

 

LRH : Comment avez-vous vécu les accusations de certains groupuscules extrémistes qui vous ont accusé de travestir la relation entre Blanche du Beauprès et Toumaï son esclave ?

 

PO : Encore une fois, nous avons été totalement pris au dépourvu, nous ne pensions même pas que nos recherches intéressaient un pareil public. Nous ne romançons rien, nous sommes des chercheurs, nous n’avons fait que retranscrire des extraits de lettres et de procès-verbaux de l’époque, ou l’on voit clairement que Toumaï et Blanche était épris l’un de l’autre. À mon sens, cela montre surtout qu’au XXIe siècle la mixité amoureuse, semble poser encore des problèmes.

 

LRH : On vous a lu récemment réagir vivement à propos de la piste de Tarifa.

 

PO : Oui, j’ai juste jugé utile d’intervenir sur le blog de l’institut de recherche Historique de la Rochelle, à propos des commentaires qui étaient faits sur la clôture de la piste de Colette de Villécourre , que nous avons pris pendant un temps, à tort avec Geneviève comme la piste de Blanche. C’est d’ailleurs une histoire assez passionnante et tragique concernant une jeune fille de bonne famille qui était secrètement une enfant illégitime, un des frère étant tombé amoureux d’elle rendit publique le fait qu’ils n’étaient pas frère et sœur et pouvaient donc se marier. Aussitôt elle fût répudiée, le jeune frère se suicida et la jeune fille commença une errance qui la conduisit des côtes Atlantiques jusqu’en méditerranée, elle fut tour à tour courtisane, simple prostituée, mendiante et même « bandit de grand chemin » ce qui lui valut d’être poursuivi par la garde Espagnole. Geneviève avait trouvé la mention d’un jugement suivi d’un emprisonnement dans une gazette Ibérique, apparemment à l’extrémité de la péninsule, de là est partis toute une polémique sur le fait que Blanche et Toumaï seraient passés sur le continent Africain pour que l’esclave puisse retrouver ses racines etc… Malgré la publication de nos recherches, ou à cause, on nous a taxé de menteur, de cacher la vérité, c’était hallucinant, Geneviève s’est même fait insultée lors d’une émission régionale, le service de sécurité a dû intervenir.

 

LRH : Vous reprochez à certains de « passionner » le débat.

 

PO : Oui tout à fait, d’ailleurs pour nous historiens, il n’y a pas de débat, juste des hypothèses que nous tentons de vérifier. Mais il est certains que beaucoup injectent une énorme dose d’affectif dans cette histoire et préfère croire en leurs fantasmes qu’aux vérités forcément « moins spectaculaires ». C’est d’ailleurs pour cela qu’Eve Carion a dissous les associations liées à cette recherche.

En fait pour en discuter souvent entre nous, la principale crainte que nous ayons est de transformer un fait historique en mythe, en légende et c’est ce qui est, malheureusement en train d’arriver à « l’anecdote historique » que constitue l’histoire de cette jeune noble poursuivie pour meurtre tombée amoureuse de son esclave. On voit un nombre inouï d’apocryphes apparaître jusqu’à nos jours et les discussions, reportages et écris qui continuent encore aujourd’hui vont encore plus brouiller la vérité historique.

 

LRH : Vous faites allusions aux projets de feuilletons par TF1.

 

PO : entre autres oui, sachant qu’aucun historien compétent n’a été consulté par la chaîne, je me permets d’émettre quelques réserves.

 

LRH : On parle d’Harry Roselmack et de Virginie Elfira pour les rôles.

 

PO : Oui, je ne sais pas, ils parlaient aussi d’un footballeur et d’une ex-star du porno…

 

LRH : Clara Morgane.

 

PO : Peut-être, pour être franc, je m’en fous, ça ne m’intéresse pas, j’ai un étudiant qui m’a montré, il y’a peu une bd aussi, bourrées de fautes historiques, l’esclave n’avait même pas de perruque.

 

LRH : Vous l’avez lu ?

 

PO : Non, je n’ai pas trop de temps et je ne lis pas de bd, j’ai un peu passé l’age. Mais pour Geneviève et moi, l’actualité ne devrait pas avoir d’influence sur nos travaux et nous avons suffisamment de matériel à défricher, la littérature est déjà très abondante surtout au milieu du 19e où l’on voit clairement le « mythe Blanche et Toumaï » prendre corps.

 

LRH : c’est tout de même une forme de reconnaissance d’être ainsi mis en avant par les médias « populaires ».

 

PO : Honnêtement ça ne me fait ni chaud ni froid, Geneviève qui est plus photogénique que moi se serait bien passée par exemple de l’émission de Ruquier où on lui demandait la taille du sexe de Toumaï, ces grivoiseries ont d’ailleurs agacé des fans qui le lendemain se sont rendus à l’appartement de l’animateur pour manifester. Je ne sais toujours pas laquelle des deux attitudes est la plus navrante.

 

LRH : Il a été sévèrement molesté à ce qu’il paraît, mais tout de même il y’eu un très beau Théma sur Arte ou vous apparaissiez en compagnie de Yamina Nekaz et Eve Carion.

 

PO : Oui, j’avoue que certains font des émissions plus respectueuses de nos recherches, et nous laisse nous exprimer, même Thalassa nous a permis à plusieurs reprises de développer nos thèses, notamment dans le spécial « les amants interdits » du mois d’Octobre 2002, même s’ils privilégiaient la piste « maritime » alors que nous savons à présent qu’ils ont voyagé à cheval.

 

LRH : A ce propos des bruits court que vous seriez sur une piste « Turque ».

 

PO : Une piste Ottomane, mais nous avons bien d’autres pistes, nous ne communiquerons pas là-dessus, nous avons été clair avant cette interview.

 

LRH : sur le site de la faculté d’Histoire de Paris, on dit que vous auriez même pensé à l’Australie.

 

PO : Vous voyez c’est typique de ce sujet, c’est du grand n’importe quoi, et, à côté par exemple, on ne cite pas certaines découvertes très intéressante.

 

LRH : par exemple ?

 

PO : Et bien par exemple Jacques Hénin, qui a fait une thèse capitale pour nos recherches en recoupant son travail avec celui de Maximo Inervo et son groupe d’étude Italien ont mis en évidence que Yann Trévien aurait croisé la route de  Colette de Villécourre et l’aurait accompagné quelques années, ils ont sans doute eu une liaison.

 

LRH : et ?

 

PO : bah, rien, ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais elle est peut-être révélatrice de quelque chose. Non, remarquez ne publiez pas ce que je viens de vous dire, ça va encore faire des histoires, les passionnés vont se jeter là-dessus et demain ce sera n’importe quoi.

 

LRH : Pour conclure, qu’ont donc apporté les recherches sur Blanche et Toumaï ?

 

PO : Un nouvel éclairage sur l’aspect social des esclaves noirs au sein des sociétés blanches, à priori on doit nuancer l’image que l’on avait de l’esclave Africain, celui-ci maîtrisait sans doute la langue de ses maîtres, surtout la deuxième génération bien souvent née dans la société des esclavagistes, on peut aussi imaginer sans peine qu’ils devaient croiser aussi la culture et les idées de leurs maîtres, autrement dit on doit revoir l’image du noir idiot et inculte qui parle un langage approximatif, impressionné et craintif, c’était un être humain conscient, une évidence, mais que l’on doit rappeler. En plein XVIIIe siècle Toumaï était très conscient de l’horreur de sa situation et du paradoxe social qu’il représentait au sein de la société occidentale bien pensante et croyante. En fait une bonne partie de la polémique autour de Blanche et Toumaï vient du fait qu’on la considère par le prisme des restes de ce que j’appelle la pensée coloniale. Du côté de Blanche, je sais qu’une fois encore je vais faire grincer des dents, mais il ne faut pas réduire la relation qu’elle a avec Toumaï uniquement à une romance. Eve Carion a montré que Blanche avait lu quelques classiques féministes, je suis convaincu que ce qui l’a rapproché de Toumaï est autant une attirance amoureuse qu’une ressemblance dans leurs conditions réciproques. Deux opprimés qui ont tenté de fuir ensemble, c’est cela l’histoire de Blanche et Toumaï, c’est un sujet très contemporain, et qui malheureusement n’est pas près de se démoder.

 

Propos recueillis par Elise Pontin et Arnaud Calliste pour La Recherche Historique, revue universitaire du 21 juin 2009 à Caen.

jeudi 23 juillet 2009

Antoine Jacquemin et Olivier Toulet.

En attendant la suite de Blanche, je vous présente Antoine Jacquemin et Olivier Toulet, qui joueront un rôle infime et secondaire dans l’album.

 

Antoine est né sans doute non loin de Bourges dans un petit hameau paysan entouré de marais. On sait très peu de chose sur lui, quelques registres indiquent qu’il s’est engagé top dans l’armée après un mariage tragique. Il aurait perdu sa femme enceinte, morte d’une fièvre infectieuse propagée par les moustiques qui pullulaient alentour à l’époque. Le chagrin, le désarroi l’ont sans doute poussé à quitter le pays. On note qu’il a participé à plusieurs batailles comme soldat fantassin, il incorpore la cavalerie, rêvant de monter il sera relégué au rôle de palefrenier. Il postule alors pour les colonies ou les règlements plus ouverts lui permettent sans doute d’avoir son propre cheval, on perd sa trace à son départ de Saint Malo.

 

Ce que l’on sait par contre c’est qu’Olivier Toulet rencontre Antoine Jacquemin dans une garnison cantonnée dans les Alpes bordant l’Italie, on ignore ce qui les rapprocha car apparemment les deux semblent, par la suite inséparables, les recherches de Guido Quinquilla sur les postes frontières Français au XVIII siècle indiquent plusieurs pistes de réflexions, d’une part, ces postes Frontières étaient loin d’être de tout repos ; outre les guerres et batailles qui sévissaient encore de temps à autre à ces endroits stratégiques, les trafics de contrebande et les brigands qui tentaient de passer les frontières rendaient les postes militaires très actifs et prompts aux interventions, Il est possible que les deux hommes se soient rendus inséparables lors d’escarmouches les ayant rapprochés, on imagine sans peine la valeur que pouvait représenter le camarade qui vous sauvait la vie. Nous avons encore moins d’information concernant Olivier, Eve Mornay professeur d’histoire de l’académie de Cherbourg (L’homosexualité au XVIIIe siècle, Fayard 1982) suppose quant à elle que le rapprochement des deux hommes fut causé en partie par l’homosexualité d’Olivier, à ces époques l’engagement dans l’armée ou les ordres religieux permettaient de fuir une situation civile intenable. On perd la trace d’Olivier à partir du 7 mai 1742 date de l’envoi d’une lettre à un certain Alexandre de Carnout depuis un port Espagnol.




Suzanne De Carnout.

Ou Suzanna Vasques De Loyolia. Cette jeune femme de caractère qui fit partie des premières humanistes femmes n’a laissé aucun écrit ni œuvres ayant pu témoigner de son existence. Tout au plus certain universitaires, l’ont-il croisé au détour d’une citation ou d’une mention dans une lettre d’un de ces nombreux amants.

 

On estime sa naissance vers les années 1720 mais certains pensent que c’est beaucoup trop tôt, des commentaires d’époque la décrivant, jeune femme déchaînée aux tribunes révolutionnaires Française. Son père est sans doute le Comte Alessandro Vasques, fils de la fameuse famille Vasques, grands commerçants portugais et négriers célèbres. Sa mère, la comtesse Alicia de Loyolia  l’envoie à l’age de 13 ans à Rome puis à 16 ans à Paris pour y poursuivre ce que l’on peut appeler aujourd’hui des études, bien qu’à l’époque, étudier pour une femme est un non-sens social. La jeune Suzanna va donc aller de salons en réceptions croisant ce que le beau monde intellectuel ; humaniste, libertins, poètes et scientifiques comptait à l’époque, elle va apprendre « les arts » c’est-à-dire la musique, la peinture, la poésie, mais aussi la littérature et les sciences naturelles, la chimie, la physique, la géographie et l’histoire.Maximo Inervo a, en 2003, fait une étude remarquable sur la présence des premières femmes humanistes dans les œuvres du XVIII siècle, pour lui et le groupe d’étude Italien qu’il représente, Suzanne (prénom francisé) serait présente dans plusieurs œuvres de Watteau et Poussin, dont elle aurait été l’amante, ainsi que de manière certifiée dans au moins 3 livres d’auteurs différents. Ce n’est pas très étonnant sachant qu’elle fréquentera toute la société Parisienne humaniste de l’époque, celle qui posera les préceptes des droits de l’homme. Les mauvaises langues et la morale catholique de l’époque la calomnieront jusqu’au Portugal, ou sa mère devra même faire intervenir le Cardinal Auristo Montevino pour calmer les rumeurs au sujet de sa fille. Certains salons où se rendait la belle ibérique, il est vrai, ne faisaient pas que palabrer. Libertine et humaniste elle va tout de même devoir se marier à 25 ans avec un Duc Français, Antoine ou Alexandre de Carnout. On perd sa trace peu après son mariage, elle aurait suivi son mari aux Indes ou ailleurs. On la retrouve à la révolution, jeune veuve, elle aurait pris part à certaines insurrections aux côtés des gens de la rue, beaucoup de chercheurs dont Pascal Ariboise du centre d’étude historique de Paris estime que ces histoires sont une légende. Ce dont on est sur par contre c’est qu’elle évita de justesse la guillotine, là aussi plusieurs thèses s’affrontent, d’un côté sa condamnation serait due à son rang social (hypothèse commune) et elle aurait évité l’exécution grâce à l’intervention du consul du Portugal. De l’autre une version plus romanesque mais non dénuée de fondement, prenant part aux luttes intestines qui suivirent la révolution, elle contesta ouvertement l’attitude de certains révolutionnaires qu’elle accusait de vouloir spolier le pouvoir au détriment « du tout pour le peuple » amante de Danton ou Mirabeau (suivant les versions) elle aurait été condamnée par jalousie et sauvée par amour, mais là encore plusieurs versions s’opposent sur les amants et jalouseurs, voir sur les amantes et les amitiés secrètes de royalistes déguisés. Après la révolution, elle serait retournée au Portugal ou se serait exilée en Amérique, il existe une littérature de fiction aux Etats-Unis datant de la fin du 18e qui serait inspiré par son personnage sauvant des Indiens dans la pampa en conquistador féminin, ce personnage d’aventurière est, bien entendu, totalement mythique pour la majorité des chercheurs.

Aucune autre trace à ce jour n’a été formellement attestée concernant La Donna Suzanna de Carnout.

Reste l’Odalie du poète Italiano Français Nestor Filo qui fut sans doute son dernier amant.


Je me suis fait violence de ton absence

Essayé de perdre jusqu’au souvenir de ton sillage

Battements de cils et de cœurs

Tes ondulations, ton habitation

Le regret de tes bras frais

Le lointain de ton regard

Tout cela me perd.

Ô ma Suzanne.

 

Nestor Filo.


Baron Augustin Philibert de Morteuil.


Nous allons tenter de faire une synthèse résumée des diverses études historiques plus ou moins rigoureuses qui ont été faites depuis la moitié du XIXe siècle à propos de ce fascinant et inquiétant personnage, qualifié par certains de « psychopathe du 18e ».

 

Augustin naît le 13 Janvier 1714 dans les environs de l’actuelle ville de Salers de Béarn. Son père, le  Baron Martial Antoine de Morteuil est l’homme le plus important de la région descendant d’une famille féodale qui règne sans partage sur la région, il détient l’exclusivité sur les productions agricoles et bovines des alentours et sa richesse est connue jusqu’à Versailles. « Il fait partie de cette Noblesse rugueuse aux ongles noirs qu’on moque à la cour mais que l’on respecte par l’argent sonnant. »

Sa mère, la Comtesse Elusine d’Hichenlisk est une descendante de l’illustre famille d’Autriche. Battue, violentée par son brutal époux, elle mourra alors qu’Augustin à 5 ans, emportée par une hémorragie interne due à une ultime crise de son épouvantable moitié. Ce dernier sera retrouvé pendu dans les bois couverts de fumier et de coups quelques années plus tard, sans doute torturé à mort par certains villageois ne supportant plus les brimades et autres droits de cuissage qu’il imposait encore aux jeunes mariés.

Une fois orphelin le jeune fils unique fut élevé par un précepteur mandaté par une obscure tante Parisienne.

Vers l’âge de 16 ans Augustin prend ses responsabilités au château ; et las, le personnel découvre qu’il est bien l’héritier de son père : tyrannique, méprisant, violent et insultant, il n’a de cesse de terrifier ses domestiques.

 

Les biographes s’entendent pour faire débuter officiellement l’activité criminelle du jeune notable avec l’assassinat atroce d’Aurélie Peuriet jeune fermière de 12 ans retrouvée nue, éventrée, dépecée et décapitée dans un bois. À l’époque, le jeune baron n’est pas inquiété.

On sait aujourd’hui que le jeune homme avait déjà montré des attitudes perverses et violentes avant ce prometteur début, notamment avec ses cousines. Une lettre du précepteur adressée à la tante en fait foi et un peu plus tard une voisine du château aurait aussi été « inquiétée » (archives judiciaires de Salers).

 

La région va donc connaître des années durant des crimes épouvantables : principalement de jeunes fermières retrouvées dans de macabres mises en scène en plein bois où dans des batisses isolées, mais aussi quelques jeunes garçons, des nouveaux-nés et un nombre impressionnant de disparus. Dans son étude très détaillée, l’étudiant américain passionné de « sérial killer » Andrew Nichols, tient un décompte précis et macabre. Selon ses recherches, le Baron : de 16 à 52 ans, date de son « arrestation » aura commis pas moins de 186 crimes ce qui ferait une moyenne de plus de 5 crimes par an, de nombreux chercheurs ont depuis émis des réserves sur ce qui est souvent considéré comme un travail d’adolescent « geek » passionné de macabre à défaut de rigueur scientifique. Il n’empêche que c’est le seul inventaire précis et détaillé que nous possédions à ce jour des activités du Baron criminel le « baron maudit ».

 

Le 27 Octobre 1766 un contingent de Cavaliers de la garde Royale arrive au château des Morteuil, contrairement aux premières enquêtes, on sait aujourd’hui que ce ne sont pas des soulèvements Béarnais contre le Baron maudit qui ont fait bouger les autorités Royales. Dans la région, les crimes étaient certes connus, mais à cette époque c’était au mieux « la bête du Béarn » au pire les sorcières ou les Bohémiens, il y’eu ainsi tout au long de ces 36 années maintes exécutions et pogroms contre tout ce que la populace considérait de nuisible et ayant à chaque fois comme prétexte ces odieux crimes.

Il faut rappeler qu’en cette deuxième moitié de siècle, la famine règne, les paysans et pauvres des villes, poussés à bout vont provoquer les crises que l’on connaît, crises, bien sur entretenues et dirigées par une bourgeoisie qui prendra le pouvoir à la noblesse. En attendant le roi est plutôt aux abois financièrement, le trésorier Royal ne sait où trouver des liquidités, on l’a vu plus haut le domaine de Morteuil à la réputation d’être riche. L’on pense aujourd’hui que le chahut de la région lié aux soupçons qui pèsent sur la culpabilité du Baron fut plus un prétexte que la véritable raison d’intervenir.

 

Le dernier crime fut un classique des criminels en série, si l’on en croit les experts qui se sont penchés sur ce cas, le sérial killer grisé par sa collection de crime et voulant que ses exploits soient enfin connus pour glaner la notoriété qui lui est légitimement dévolue, rend visible les indices permettant de l’arrêter. C’est apparemment ce qui s’est produit pour Augustin Philibert de Morteuil, jusqu ‘ici les assassinats étaient commis sur des personnes uniques. Le 16 Janvier 1766 puis le 3 Mars et enfin le 23 Avril, 3 jeunes filles disparaissent successivement. Joséphine Mulet 17 ans est la dernière, c’est elle qui dénoncera le Baron, elle racontera aux autorités comment rentrant un soir avec ses moutons, elle est apostrophée par le Baron à cheval qui lui demande de venir l’aider, elle suit le seigneur à l’intérieur du domaine de Morteuil jusqu’à une bâtisse semblant abandonnée. Arrivée à l’entrée, de ces anciennes écuries dont les ouvertures sont murées, elle entend soudain des gémissements et plaintes provenir de l’intérieur, la jeune fille va alors faire deux choses qui vont la sauver, au moment où le Baron est en train de poser pied à terre, elle se met à hurler, épouvantée par ce qu’elle comprend être l’antre du monstre assassin. Le cheval effrayé s’enfuit, entraînant le châtelain dont le pied est resté coincé dans l’étrier. Joséphine va alors courir jusqu’au village donner l’alerte.

Ici encore tous les historiens ne sont pas d’accord, si l’on s’en tient uniquement à la presse régionale de l’époque et aux multiples chroniques, il est vrai que les récits divergent, les écuries dans tous les cas ont servi à Augustin à commettre la plus grandes parties de ces crimes, on y déterrera d’ailleurs plusieurs dizaines de corps ou leurs fragments. La suite n’est que pures conjectures, on aurait retrouvé les 2 autres victimes dans des états effroyables, elles seraient toutes deux mortes par la suite, ou seulement une d’entre elles, l’autre se convertissant à la foi et prenant le voile. « Les écuries de satan » auraient été emplies de matériels de tortures que le Baron faisait venir de toute l’Europe, ce dernier serait devenu un expert bourreau, s’ingéniant à trouver des raffinements sans fin permettant de maintenir en vie le plus longtemps possible ses victimes dans des souffrances inouïes à l’abris de tous au fond de ses bois isolés.

La légende était née, à tel point qu’une importante littérature et même des pièces de théâtre furent écrites. Mais par la suite qu’en est-il de la réalité ? on sait qu’Augustin ne tenta pas de fuir, rien d’étonnant à cela puisque, à l’époque on embastillait les gentilshommes pour félonie ou atteinte au roi pas pour avoir tuer quelques gueux. De sources sûres, on sait que le Baron n’eut pas vraiment de procès, tout au plus une enquête et un interrogatoire ou le criminel fût très diserts ; ce qui permis de savoir ce que l’on sait aujourd’hui. Sur ordre de la cour, on exila le noble vers des terres lointaines avec un titre honorifique de Gouverneur. Des études complémentaires tendirent à montrer que les juges de l’époque commirent une capitainerie au courant des frasques du gouverneur sur les lieux de son exil, ces militaires au courant des attitudes meurtrières du Baron furent à son service tout en le surveillant de près, mais là encore ce sont des conjectures.

Quant aux biens confisqués par la royauté, ils ne permirent pas, loin s’en Faut, de renflouer les caisses de l’état, notre Baron étant bien plus doué pour l’assassinat que pour les affaires.

 

Capitaine Philippe Legoff




Aux archives de Rennes Philippe Gwenaël Legoff serait né au alentour de 1690 du marin Luc Legoff, pêcheur et occasionnellement « échoueur » raison de son incarcération à la prison du port de Saint Malo, la mère Gunégonde Charlotte Le Saëc était sans doute « une fille de joie » puisqu’elle aussi figure sur les registres des commissaires du port. Le jeune Gwenaël n’a sans doute pas eu le choix de sa profession puisque apparemment ce sont encore une fois les autorités de l’époque qui l’inscrivent très tôt au bataillon de Rennes, désengorgeant ainsi les orphelinats de la région, ou étaient placé les enfants des forçats ou illégitimes.

 

La carrière militaire de Philippe est dure à suivre, vu le peu d’élément trouvé, on peut néanmoins déduire que venu des basses couches il ne pouvait monter très haut dans la hiérarchie, c’est du moins une raison d’être très impressionné par le poste de Capitaine qu’il finit par obtenir à 40 ans, même si ce titre ne sera actif que dans les colonies. L’association de recherche sur les capitaineries Bretonnes ( ARCB ) a publié en 1995 un fascicule sur un ensemble très important de vieux recueils recensant « les faix portuaires et des mèrs et océans de Brestagne » où l’on retrouve cités à plusieurs reprises un « Gwenaël de feu, fils d’échoueur, pirate mais Chrestien de par luismêmes » on découvre ainsi un jeune Legoff aventureux qui aurait navigué jusqu’en Islande, échappé à deux naufrages « contre les cercueils de glaces ». Au Groenland il aurait commercé avec des « sauvages de la côte qui vivent dans la neige avec leurs loups apprivoisés ». La marine Anglaise se plaint à plusieurs reprises de « ces navires sois disant marchand se comportant à la limite de la piraterie et dirigé par moult Breton peu civilisé comme ce Gwenaël », de là à imaginer notre future Capitaine déjà capitaine de navire…

On pense retrouver sa trace vers l’age de 28 ans ou il apparaît sur des registres commerçant léguant ses avoirs et son navire, des commérages sont cités en marge expliquant que  « le sieur se serait vivement et à bas prix délesté de ce bateau et son contenu acquis de viles manières ».

Il s’installe finalement en Normandie, mais manifestement stérile n’arrive pas à garder la femme qu’il a épousé Huguette Monvalisard qui demande l’annulation du mariage. C’est à ce moment qu’il réintègre l’armée et s’engage pour les guerres méditerranéennes, ayant pris des contacts il va servir des comptoirs marchands dans de petites escouades militaires locales qui se chargeaient alors de la sécurité des convois maritimes (ivoires, épices, traite des noirs etc…) il finit semble-t-il par prendre la capitainerie d’un petit fort côtier dont la situation géographique n’a jamais vraiment été définis mais que l’on situe sois en Turquie sois sur les côtes africaines Atlantiques, cette information, très curieusement, vient d’une ordonnance Royale le désignant comme volontaire pour accompagner le Gouverneur de Morteuil. Cette ordonnance a été depuis relue par le collège d’historiens d’île et Vilaine, qui a mis en lumière le fait que ce document était moins une injonction qu’un fondé de pouvoir, ce qui ferait du Capitaine Legoff le supérieur hiérarchique du gouverneur de Morteuil.

Les recherches sur les Capitaineries occidentales n’ont jamais permis de savoir ou est enterré le capitaine Phillipe legoff.